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26/09 - 2/10/2018 - Potosi

Dernière mise à jour : 2 oct. 2018

Après notre mésaventure avec le camping-car, nous nous sommes posés dans une station-service dans le quartier des garagistes. Nous partons en taxi nous balader dans la ville de Potosi.



La ville est à 4070m et compte 200.000 habitants. Elle a été fondée en 1545 quand les colons espagnols se sont aperçus de la présence du Cerro Rico (le mont riche) qui contient de l’argent. Cet argent a financé tout l’empire espagnol et Potosi - durant ces années - était la plus grande et plus opulente ville des Amériques.


La ville compte de jolis bâtiments sans avoir toutefois l’unité et la grâce que nous avons vues à Sucre : de belles églises, de beaux couvents et de riches habitations.


En 1987 Potosi a été répertorié au patrimoine mondial de l’humanité, en reconnaissance de sa tragique et riche histoire.


La place principale

Une des riches maisons de la belle époque de Potosi

Les arcades

Rue de Potosi


Derrière la cathédrale

Entrée d'un couvent

Vue sur Potosi et sur Cerro Rico depuis la cathédrale

La casa de la moneda

Rue de Potosi avec le Cerro Rico derrière

Rue de Potosi

Ils vont bien !


Avant de vous raconter notre visite dans une mine du Cerro Rico, je vais relater l’histoire – édifiante – des mines et des mineurs.


On n’est pas certain de l’histoire de la découverte de l’argent dans cette montagne, mais ce qui est sûr c’est que les colons espagnols ont tout de suite compris les avantages qu’ils pourraient en tirer. Des milliers d’esclaves indigènes ont été « dédiés » à l’exploitation de la montagne et ont commencés à creuser les mines.


Le travail étant tellement dangereux, la main d’œuvre vient rapidement à manquer (explosions mortelles, chutes, accidents, pneumonies dues à l’inhalation de poussières de silice à longueur de journée). Les colons espagnols firent donc venir des esclaves africains (les descendants des quelques survivants vivent au nord de la Bolivie).


En 1572 de nouvelles lois furent proclamées et tous les indiens et esclaves africains masculins de plus de 18 ans devaient passer 4 mois d’affilée dans les mines, en travaillant 12h par jour – mangeant et dormant dans les mines. A leur sortie, ils devaient rester les yeux bandés plusieurs jours pour ne pas devenir aveugles en revoyant la lumière du soleil.


On estime que durant les 300 ans de l’exploitation des mines sous domination coloniale (1545-1825) 8 millions d’esclaves moururent…


Au début du XIXème siècles, la production a commencé à baisser et la population de Potosi est passée de 200.000 à 10.000 en quelques décennies.


Au XXème siècle, on a commencé à extraire du plomb et du zinc et Potosi a retrouvé une partie de sa grandeur.


Comme vous pouvez l’imaginer ce ne sont pas les mineurs qui en bénéficient, mais les entreprises auxquelles l’argent est vendu.


Aujourd’hui, les conditions de travail n’ont guère changé… Il n’y a plus d’esclavage et les mineurs sont organisés en coopératives, mais les méthodes d’extraction sont les mêmes.


C’est toujours le Cerro Rico qui fait vivre la ville. Les gens en sont reconnaissants, car chacun peut travailler dans la mine (seuls les hommes y travaillent – les femmes sont employées à trier les cailloux sortis de la mine), à condition d’être suffisamment costauds, mais nul besoin de diplôme.


Nous avons longuement hésité à participer à une visite, à cause du côté voyeurisme. Je ne sais pas si nous avons bien fait, mais on s’est dit qu’une partie de notre argent irait aux mineurs et que ça ne pouvait être que mieux si leur histoire était partagée. Nous avons choisi le tour operator Big Deals (www.bigdealtours.blogspot.com), recommandé, dont les guides sont tous d’anciens mineurs (notre guide a commencé à travailler à la mine avec son père à 13 ans).


Le tour commence par une visite au marché des mineurs. Là on peut y acheter – en plus de la nourriture classique – les accessoires indispensables au mineur :

- La coca (ils en consomment à longueur de journée, tous les mineurs que nous avons croisés avaient une joue gonflée de mâcher la coca, et notre guide ne passait pas 5mn sans se resservir, ayant toujours un sac de coca à la main). Notre guide nous a appris à la mâcher : on prend quelques feuilles dans la bouche ainsi qu’un catalyseur fait d’une espèce de sucre – j’ai essayé 2mn, on ne m’y reprendra pas… En tout cas, chacun est persuadé que sans coca, on ne peut pas travailler toute la journée et avoir assez de force.


Vente de coca au marché

Notre guide mâchouille sa coca

- Les bâtons de dynamite, pour faire exploser la roche dans la mine

- L’alcool à 96° (ce n’est pas une faute de frappe…) qu’ils boivent le vendredi (sauf les jeunes mineurs – comprenez entre 13 et 17 ans environ – qui boivent de la bière).


Ensuite on s’arrête s’équiper avec des surpantalons, des vestes, des bottes, un casque et un masque.



On part visiter l’usine qui traite les cailloux et sépare (au moyen de produits chimiques – dont le mercure…) l’argent du reste de la roche. Il y fait un bruit d’enfer, les produits chimiques sont manipulés sans aucune précaution, il n’y a aucun carter de machine, …


Usine de traitement de la roche extraite

Puis on arrive à la mine et on rentre pour via des tunnels qui doivent faire 1,2m de haut. On rampe, on descend des « escaliers », …



On passe d’abord devant El Tio, protecteur des mineurs, à qui ils font des offrandes (alcool, feuilles de coca, …) pour demander sa protection, du boulot, …



On va voir 4 ou 5 mineurs : ils travaillent à la dynamite, au piolet, et remplissent des brouettes (tellement lourdes que Philippe a eu du mal à en pousser une) qu’ils poussent ensuite jusqu’à la sortie.

Au bout d’1h on ressort, ravis de sortir de cette atmosphère oppressante, et d’avoir échappé aux risques de la mine. Nos mains sont grises de poussières de silice, et nous n’y avons passé qu’1h …


Le salaire d’un mineur est supérieur à un salaire d’ouvrier. Ils bossent 8h par jour, 6 jours par semaine. Ils n’ont pas de sécurité sociale. L’espérance de vie d’un mineur est de 45 ans… Malgré ça, notre guide nous a parlé d’une dépendance à la mine : certains mineurs ne veulent pas faire autre chose, ils ont appris à apprécier la solitude et le silence, et n’apprécient pas la vie familiale ou sociale à l’extérieur.


Cela a été un bon cours d’histoire en direct pour Martin et Jeanne. Et nous sommes tous sortis de là chamboulés, conscients de notre chance d’être nés en France, d’avoir fait des études et d’avoir la sécurité sociale…



Nous allons manger au Mercado Central, avec Pierre, un français rencontré pendant la visite, et finissons notre visite de Potosi.



Nous retrouvons notre camping-car à la station-service. Il est 15h, nous nous disons que si le froid est à l’origine de notre problème, le camping-car démarrera. Devinez quoi … il ne démarre pas. Philippe essaye 2-3 trucs, mais rien ne se passe. Heureusement que nous sommes dans le quartier des garagistes. Philippe part en chercher un qui essaye plusieurs choses tout vendredi après-midi et tout samedi. Mais toujours rien… Nous sommes coincés ici.


Notre home sweet home pour quelques (combien ?) jours

L'atelier ...

Au travail

Dans notre malheur nous avons beaucoup de chance :

- nous sommes dans une ville (ça aurait pu nous arriver dans le désert de sel…)

- Nous sommes garés dans le quartier des garagistes

- Nous sommes à plat (pour dormir c’est mieux…)

- Le proprio de la station-service nous a donné accès à une salle de bains (dont je ne décrirai pas le niveau de propreté, qui est discutable mais acceptable), donc nous pouvons nous laver (car bien sûr, notre réserve d’eau est maintenant à 0), et nous achetons des bouteilles pour la cuisine, ...

- Il fait beau et pas froid !


Nous espérons pouvoir partir dès que possible, et surtout rejoindre notre amis français Franck et Laetitia pour faire le désert de sel, mais c'est très compromis... A suivre !

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